Tout a commencé par une cueillette bucolique lors d’une belle journée de printemps. Brice de La Morandière, avait convié à Puligny-Montrachet le chef du restaurant de Lucas Carton à Paris, Hugo Bourny, et Thierry Thévenin, qui exerce le rare métier de cueilleur. A la tête de « Herbes de vie » et de l’école de formation « Vieilles racines et jeunes pousses », le paysan herboriste, ainsi qu’il se définit, a arpenté les vignes jusqu’au coteau. Sa connaissance de la botanique est protéiforme : il peut reconnaître une pulsatille et sait aussi qu’elle est protégée en Bourgogne, que sa rareté oblige à la préserver. « Nous avons récolté une douzaine de plantes ce jour-là mais nous en avons vu plusieurs dizaines, témoigne Thierry Thévenin. Il y a une forte interpénétration sur le Domaine Leflaive entre la vigne et la flore. »
De la cueillette du jour, Hugo Bourny a retenu l’aubépine pour imaginer un nouveau plat à la carte du restaurant. « Lucas Carton est allocataire du Domaine Leflaive dont je suis moi-même un grand fan des vins, explique le cuisinier. Découvrir toute la richesse de la flore locale a été enthousiasmant. Nous avons repéré beaucoup plus d’herbes sauvages comestibles que j’imaginais, j’ai eu le sentiment de ne pas connaître grand-chose ! » Sa démarche culinaire, singulière, s’est construire à partir de l’aubépine : « Je l’ai mélangée à un peu de beurre et laissée infuser. Le résultat était intéressant, alors j’ai cherché l’association, en l’occurrence avec la lotte que j’ai fumée avec un peu de bois de genévrier, qu’on trouve aussi dans les vignes de Puligny-Montrachet, et maturée plusieurs jours. J’ai ajouté du miso pour apporter un supplément de puissance. »
C’est ainsi qu’une recette se crée et se retrouve à la carte. « C’est l’une des deux qui bouleverse le plus les clients », assure Hugo Bourny qui a sollicité son sommelier, Michel Le Meur, pour le meilleur accord met-vin : Les Folatières dans le millésime 2014, a répondu l’expert. Les vignes du premier cru de Puligny-Montrachet sont riches, elles aussi, de cette biodiversité que recherche partout le Domaine Leflaive. « La culture en bio et en biodynamie est décisive, estime Thierry Thévenin. Dans des vignes en conventionnel que j’ai pu arpenter, on ne trouve plus que deux ou trois espèces, ultra résistantes et non consommables. Dans celles du domaine, une cinquantaine d’espèces différentes peuvent cohabiter, une offre très diverse en partie comestible ou médicinale. La flore apporte de l’équilibre à la vigne et en fait un milieu vivant ! »
« Lotte maturée et fumée, bouillon aubépine et miso, chou pointu rafraichi au raifort »
A découvrir au restaurant Lucas Carton jusqu’au début de l’été : https://www.lucascarton.com/accueil
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