Actualité #20

Les vertus de l’agroforesterie

Julien Coyaud, chef de culture au Domaine Leflaive, détaille les projets menés pour implanter arbres et haies dans le vignoble.


En quoi consiste l’agroforesterie en viticulture ?

Il s’agit globalement d’associer des arbres à d’autres cultures. Dans la vigne, il convient de les planter au plus près des rangs mais sans qu’ils entrent en compétition avec elle. Il ne faut pas oublier que le vignoble bourguignon, en Côte de Beaune notamment, connaît une densité élevée de 10.000 pieds/hectare, ce qui met déjà la vigne en forte concurrence avec elle-même. 


Concrètement, quels projets avez-vous mené dans les différents secteurs du Domaine Leflaive ?

À Mâcon d’abord, nous avons planté 72 arbres fruitiers, 15 ornementaux, 15 petits fruits et 260 mètres de haie vive, tout cela dans un champ d’un hectare : c’est un verger conservatoire, permettant de récréer un microclimat qui puisse rejaillir sur la biodiversité de nos vignes à proximité. De même, une des parcelles de La Jobeline s'est enrichie de haies et de fruitiers, auxquels s'ajoutent quelques ruches. À Puligny-Montrachet, en 2025, nous avons planté un autre verger conservatoire et un arboretum, comme un chemin de promenade qui contourne nos vignes. Il y a un effet indirect intéressant : remettre des habitats pour les prédateurs, favoriser leur impact naturel sur les ravageurs de la vigne, retrouver tout un équilibre de l’écosystème. Cette année, dans les Chevalier-Montrachet, nous avons créé un corridor écologique de haies entre le haut et le bas. Celui-ci limite l’érosion des sols et peut abriter insectes ou petits mammifères.


Enfin, à Nantoux dans les Hautes-Côtes de Beaune, il s’agit plutôt d’une truffière…

Oui, nous l’avons implantée dans une prairie proche de notre parcelle de chardonnay, sur des sols argileux qui sont riches en matière organique. Avec 170 arbres de toutes sortes : noisetiers de Byzance, cèdres de l’Atlas, hêtres, chênes rouvre, chênes pubescent (on le nomme ainsi en raison de ses jeunes feuilles et rameaux couverts d’un léger duvet), etc. Nous voulions le plus de diversité possible. L’agroforesterie est désormais intégrée à tous nos itinéraires culturaux, ainsi qu’à nos futures plantations. Ce n’est pas un revirement mais une adaptation nécessaire aujourd’hui, dans la continuité du profond respect pour l’environnement qui caractérise le Domaine Leflaive. 


La dégustation
Esprit Leflaive

C’est une collection de vins singuliers : Esprit Leflaive tend à explorer les fabuleux terroirs de la Bourgogne au-delà du seul chardonnay et de la Côte de Beaune, familiers du domaine. À partir de parcelles de pinot noir rigoureusement sélectionnées, la production est réalisée dans un esprit artisan, sur des tirages modestes. Brice de La Morandière, le gérant du Domaine Leflaive, et Amandine Brillanceau, la directrice technique, ont choisi trois des cuvées de la collection qu’ils commentent pour vous.



Gevrey-Chambertin Village


Amandine Brillanceau : « Le côté robuste et un peu strict du Gevrey-Chambertin ne se retrouve pas du tout dans ce vin. Le dégustateur pourrait s’attendre à un vin dense et riche, a fortiori quand il provient d’une parcelle de plaine avec un sol profond et argileux. C’est en partie le cas mais sans aucune austérité. Cette cuvée a beaucoup de charme. »


Brice de La Morandière : « Sur le pinot noir, nous avons souhaité proposer des vins modernes, fruités, croquants. Présentant des tannins soyeux ainsi que des énergies sans excès d’acidité. Ce Gevrey montre de la finesse et du velours, une expression peu traditionnelle de l’appellation. Peut-être parce que nous sommes attentifs à la qualité des raisins du vigneron avec lequel nous travaillons, puis à faire des vinifications douces. »



Beaune Premier Cru Les Épenottes


Amandine Brillanceau : « Ce climat se trouve en bas de coteau des Beaune Premier Cru, avec des terroirs profonds et puissants parfois mal-aimés en Bourgogne. Alors qu’en fait l’appellation présente une grande diversité, du nord au sud. C’est un peu le pendant sur les Beaune du Pommard Clos des Épeneaux, avec une touche plus sensible. Un vin accessible et avenant dès sa jeunesse. »


Brice de La Morandière : « Ces vins valent beaucoup mieux que la réputation qu’on leur prête en général. Notre fierté, c’est de mettre en valeur des terroirs qui ne sont pas les plus prestigieux. Avec Esprit Leflaive, nous ne cherchons pas à faire des étiquettes, seulement à trouver des expressions dans des climats qui ne sont pas les nôtres habituellement. Il n’était pas évident que le Domaine Leflaive produise des vins rouges. Le faisant, nous prenons le risque d’aller sur des appellations moins établies. »



Musique & Vin
au Clos Vougeot

Un concert piano et violoncelle avec Andras Schiff et Gautier Capuçon au sein du château du Clos de Vougeot, un récital du pianiste virtuose Seong-Jin Cho dans l’Hôtel-Dieu des Hospices de Beaune, le Quatuor Magenta au cœur de l’Abbaye de Saint-Vivant… Ce sont quelques-uns des concerts exceptionnels que va proposer le festival Musique & Vin au Clos Vougeot, du 20 au 28 juin, dans des lieux emblématiques de la Bourgogne. La programmation de cette dix-huitième édition a été orchestrée par Jean-Yves Thibaudet et Gautier Capuçon, également conseiller artistique de la manifestation, sous l’égide de ses créateurs Aubert de Vilaine et Bernard Hervet. Le Domaine Leflaive en est un des mécènes.


 « C’est à la fois un festival de musique classique, avec des artistes de renommée mondiale, et une œuvre de mécénat en direction des jeunes talents, explique Brice de La Morandière, le gérant du Domaine Leflaive. Des grands mécènes financent des instruments pour des jeunes talents, des élèves de conservatoire de haut niveau âgés de 18 à 22 ans, qui ont besoin de ces instruments exceptionnels pour atteindre l’excellence de leur interprétation. »


Les instruments à cordes ne sont pas achetés mais fabriqués expressément à la demande du Fonds Instrumental de l’association Musique & Vin au Clos Vougeot. Au nombre de vingt-neuf aujourd’hui, ils portent chacun un nom de grand cru bourguignon, tels le violon Günter Siefert 2014 « Corton Charlemagne » ou l’alto Claude Macabrey 2013 « Montrachet ». Ils sont prêtés pendant deux ans à de jeunes artistes, sélectionnés à l’occasion d’auditions annuelles. Ainsi le Quatuor Magenta jouera-t-il, pour son concert du 23 juin, avec deux violons, un alto et un violoncelle réalisés par le luthier allemand réputé Stefan-Peter Greiner. Un ensemble conçu dans un même esprit de facture et de sonorité, qui a été attribué aux musiciennes il y a plusieurs mois maintenant. 


« La transmission et le dialogue entre générations sont déterminants pour aider ces jeunes très méritants à passer des étapes supérieures, poursuit Brice de La Morandière. L’analogie avec l’univers du vin est souvent pertinente. Je compare notre travail de vigneron à celui d’un interprète. Le terroir est la partition, ce qui nous est donné, et les instruments plutôt les choix techniques en viticulture. Puis, quand nous vinifions, nous devenons des musiciens avec notre sensibilité. Nous ne sommes pas des compositeurs, nous restons au service de la musique. »


Plus d’informations sur musiqueetvin-closvougeot.com